Marius : "bien que chercheur de métier, je suis souvent déçu des articles universitaires que je lis et que je publie : les processus de relecture amènent souvent à partager très peu de l’énorme richesse empirique accumulée. Je les vis comme des processus d’appauvrissement et d’assèchement de la matière jusqu’à une structure sèche sans vie. Quand j’ai voulu nourrir mon action (dans le domaine de la démocratie dans les organisations qui était mon précédent thème de recherche), je me suis rendu compte que j’avais accès à beaucoup de cadres théoriques mais insuffisamment de témoignages approfondis : or ces témoignages sont ce dont j’avais besoin pour prendre du recul sur la manière dont nous fonctionnions dans les groupes auxquels je participais. Les cadres théoriques peuvent être utiles mais ils demandent beaucoup de temps d’appropriation. Un peu comme un aliment ultra-congelé et séché pour lequel il faudrait beaucoup de temps pour le rendre consommable. Dans mon ressenti, il y a trop d’aliments congelés et pas assez d’aliments frais. Je ne dis pas que c’est mal ou bien, mais que ça ne répond que très partiellement à mes besoins.

Pour la réparation, j’ai constaté qu’il y a beaucoup de tutoriels théoriques, mais pas beaucoup de témoignages sur des histoires vécues. On a la synthèse analytique mais pas la vie, l’ossature débarrassée du bruit des errances et des émotions mais pas la chair vivante. On a Platon mais pas Dionysos. En l’occurrence, j’ai besoin de déplacer un peu le curseur vers Dionysos".